La thèse d’honneur sera réalisée par Teodora Vigu, étudiante en 3e année du baccalauréat en psychologie, UQAM, dès septembre 2018.

Mise en contexte
Aux prises avec des difficultés économiques pressantes et des enjeux de santé publique urgents, les instances gouvernementales des pays ouest-africains considèrent rarement la santé mentale comme un champ prioritaire. Au Burkina Faso, cela se traduit par un nombre insuffisant de structures sanitaires prenant en charge les troubles mentaux et l’inexistence de base de données nationale regroupant des indicateurs sur la prévalence des psychopathologies.

Très peu de données empiriques sont disponibles concernant les besoins de santé mentale au Burkina Faso et les quelques études disponibles ont été menées en contexte hospitalier. Cela est problématique considérant qu’en contextes africains, l’accès aux soins psychiatriques est contrecarré par de nombreuses barrières économiques, géographiques, sociales et culturelles. Le manque d’information sur la manière dont est exprimée, perçue et comprise la maladie mentale par les malades tout comme par la population générale au Burkina Faso limite encore actuellement la possibilité de diagnostiquer adéquatement les pathologies mentales ainsi que de prévoir des structures de prise en charge adaptées aux besoins de la population.

Selon une perspective transculturelle, les manifestations des troubles mentaux, appelés idiomes de détresse, sont fortement associées aux conceptions populaires socialement véhiculées de la maladie mentale et à ses représentations. Cela implique que pour arriver à une compréhension culturellement sensible des manifestations des troubles mentaux, il est primordial de s’intéresser à la signification qui leur est accordée par les personnes aux prises avec ses manifestations ainsi que par les membres de leur communauté.

Objectifs
L’objectif général du projet est de mieux comprendre la manière dont les expressions psychotiques sont vécues, perçues et comprises en milieu rural burkinabè. Il est supposé que ces informations nous permettront ultérieurement d’adapter les outils diagnostiques existants pouvant aider les cliniciens dans leur travail quotidien, mais permettant aussi de faire des recherches épidémiologiques plus sensibles culturellement. Plus précisément les deux sous-objectifs suivants ont guidé notre travail de terrain :

  1. Documenter le vécu des individus rapportant des symptômes de nature psychotique. Nous nous intéressons à mieux comprendre la signification qu’ils accordent à ses expériences ainsi que leur perception d’être exclu ou d’être traité différemment que les autres membres de leur communauté.
  2. Documenter les conceptions socialement partagées de la « maladie mentale » en milieu rural au Burkina Faso et mieux comprendre en quoi ces conceptions influent sur l’expression des troubles mentaux ainsi que sur la manière de traiter les gens aux prises avec de telles difficultés.

Méthode
Un total de 21 entretiens qualitatifs semi-structurés auprès des personnes rapportant des symptômes de nature psychotique ainsi que 10 groupes de discussion auprès de membres de leur communauté ont eu lieu en mai 2017. Les entretiens étaient menés en langue locale pour permettre aux interrogés de s’exprimer librement, ces entretiens furent ensuite traduits en français et transcrits.

Concernant les entretiens individuels, nous sommes intéressés à savoir si les manifestations rapportées étaient vécues comme des expériences positives/négatives et quelles significations leur étaient accordées. Plus spécifiquement, les entretiens étaient divisés en trois thèmes principaux, soit 1) les modèles explicatifs de la maladie, 2) les comportements de recherche d’aide et 3) la perception d’inclusion/exclusion.

Concernant les groupes de discussion, pour chaque « causerie », huit à douze personnes ont été recrutées par un membre du comité villageois et étaient invitées à discuter ouvertement sur leurs compréhensions des troubles de santé mentale et de leurs manifestations. Deux thèmes principaux guidaient les discussions, soit 1) les conceptions populaires de la maladie, et 2) la symptomatologie psychotique.

Rôle de l’étudiante en thèse de spécialisation
Conjointement avec la doctorante ayant coordonné ce projet de recherche et le directeur du laboratoire, l’étudiant.e sera appelé.e à s’attarder à l’un ou l’autre des objectifs décrits précédemment (en fonction de ses intérêts!). Le travail attendu par l’étudiant.e est de : 1) faire une recension critique des écrits en psychologie transculturelle sur les modes d’expression de la détresse psychologique en contextes ouest-africains, 2) rédiger une demande d’approbation éthique, 3) analyser les résultats selon un cadre d’analyse qualitative à déterminer, 4) rédiger un rapport selon les exigences du département, et 5) faire une présentation par affiche dans le cadre d’un congrès scientifique et/ou participer à la rédaction d’un article scientifique (si cela est un intérêt pour l’étudiant.e).

Des rencontres bimensuelles sont prévues tout au long de l’année académique afin d’assurer un encadrement rigoureux de l’étudiant.e. En cas de besoin ou lors de périodes plus exigeantes du travail, des rencontres hebdomadaires pourront avoir lieu.

Pour toute question, ou pour manifester votre intérêt, veuillez contacter Émilie Pigeon-Gagné : pigeongagne.emilie@gmail.com.